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 Syndrome de l'Ile de Guam


ou Complexe Parkinson-SLA-Démence.

  • Démence neurodégénérative qui frappe les habitants de l'île de Guam dans le Pacifique sud.
  • Il s'agit souvent d'une maladie de Parkinson associée à une Sclérose Latérale Amyotrophique et à une démence.
  • On distingue la partie "lytico", (mot qui dérive de paralytico) correspondant à la SLA (sclérose latérale amyotrophique) et la partie "bodig" parkinsonienne avec démence. D'ou le nom de Lytico bodig disease


  • Origine de la maladie

    - Serait liée à la présence d'une toxine sur l'île, provenant d'une plante (Cycadées). Mais les farines utlisées ne contiennent pas la substance toxique, et l'hypothèse de l'intoxication alimentaire s'effondre, selon le Pr John Steele.

    - On parle également d'aluminosilicates, et de déficit en calcium. Aprés vérification, il y aurait plutôt un excédent de calcium, puisque l'île est constituée de corail.

    - Il y a un composante familiale, et c'est le village Umatac, situé au Sud de l'ïle, qui est le plus touché (164 cas de 1933 à 1966, pour un village de 1500 habitants)..

    - il n'y a pas de mutations du gène tau qui pourrait expliquer cette pathologie (Jordi Perez-Tur et al, 1999)

    Enfin, il est important de signaler que cette pathologie régresse progressivement. Si la tendance se poursuit, cette maladie devrait disparaître d'elle même.


  • NEUROPATHOLOGIE:

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  • Il y a de nombreuses lésions de dégénérescence neurofibrillaire dans les noyaux sous- corticaux.
  • Les lésions cérébrales de dégénérescence neurofibrillaire sont de type "Alzheimer", mais elles se situent préférentiellement dans la couche III de cellules pyramidales du néocortex. Par contre, les couches corticales III et V sont affectées dans la maladie d'Alzheimer.


  • BIOCHIMIE:

    Les protéines tau pathologiques sont présentes dans les noyaux sous corticaux et le néocortex, essentiellement dans la région frontale motrice (Tau 60, 64, 69). Voir syndromes parkisoniens
     

      Apolipoprotein E in Guamanian amyotrophic lateral sclerosis/parkinsonism-dementia complex: genotype analysis and relationships to neuropathological changes. Buee L, Perez-Tur J, Leveugle B, Buee-Scherrer V, Mufson EJ, Loerzel AJ, Chartier-Harlin MC, Perl DP, Delacourte A, Hof PR Acta Neuropathol (Berl) 1996;91(3):247-253

    BUEE-SCHERRER V., BUEE L., HOF P.R, LEVEUGLE B., GILLES C., LOERZEL A.J, PERL D.P, DELACOURTE A. Neurofibrillary degeneration in Amyotrophic Lateral Sclerosis / Parkinsonism- Dementia complex of Guam: immunochemical characterization of tau proteins. Am. J. Pathology. 1995, 68: 924-932.
     


    POUR LE SPÉCIALISTE:

    1.4.1.6 - Complexe Sclérose Latérale Amyotrophique/ Syndrome Parkinsonien de l’île de Guam
    Les îles Mariannes Guam et Rota (Pacifique Ouest) comptent de nombreux cas de syndrome parkinsonien associé à une atteinte motoneuronale de type Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA) et à un syndrome démentiel, responsable de près de 20% des décès à l’age adulte dans la population autochtone Chamorro. Connue depuis plus de 150 ans sous le nom de « lytico-bodig » (lytico dérivant du terme espagnol paralytico dénommant les formes avec composante SLA), les premiers cas ont été rapportés en 1944 par Zimmermann, neuropathologiste de l’US Navy440. L’expression phénotypique de cette maladie est variée, mais deux sous-types se distinguent, l’un relevant de la SLA, l’autre d’une démence avec syndrome parkinsonien423. Une troisième présentation clinique est une démence pure touchant principalement des femmes dans leur septième décennie, dénommée « Marianas dementia »421. D’autres cas similaires ont été rapportés au Japon et en Nouvelle Guinée172.
    Les études neuropathologiques de patients décédés du complexe de l’île de Guam mentionnent l’atrophie diffuse du cortex cérébral dans tous les cas et, plus ou moins marquées selon que le patient est atteint d’un syndrome parkinsonien et /ou d’une SLA, la pâleur du locus niger et l’atrophie de la corne antérieure de la moelle épinière237.
    La lésion histologique la plus marquée est l’abondance des dégénérescences neurofibrillaires, alors que les plaques neuritiques sont peu nombreuses236. Les DNF abondent dans les cellules pyramidales de l’hippocampe (l’atteinte du secteur CA1 de la corne d’Ammon est très sévère, CA2 serait épargné), le cortex entorhinal, l’amygdale, les noyaux de la base et le cortex associatif. Dans les aires isocorticales, les DNF sont plus abondantes dans les couches II et III que dans la couche V, contrairement à la répartition habituellement observée dans la maladie d’Alzheimer245. Les lésions neurofibrillaires sont associées à une perte neuronale et à une gliose astrocytaire. L’analyse du cerveau de patients atteints d’un syndrome parkinsonien a montré des DNF très abondantes dans la substance grise périaqueducale, le locus niger et le locus ceruleus236. Les DNF ont été décrites dans le noyau dentelé et la corne antérieure de la moelle238. Les DNF observées sur les colorations argentiques de prélèvements cérébraux de patients atteints du complexe de l’île de Guam apparaissent formées en microscopie électronique de filaments de 15 nm de diamètre, droits et disposés en désordre, ou arrangés en PHF de 80 nm de périodicité239. Les filaments droits forment également des faisceaux, il s’y associe des granules osmiophiles. Les lésions neurofibrillaires du complexe de l’île de Guam sont constituées en majorité d’agrégats de protéines Tau anormalement phosphorylées se distribuant en Western blot comme celles de la maladie d’Alzheimer75. Le peptide amyloïde b a également été mis en évidence dans des fractions purifiées de DNF extraites du cerveau de patients atteints du complexe de l’île de Guam, bien qu’il n’y ait pas ou peu de dépôt amyloïde focal et/ou vasculaire208.
    Chez des habitants de l’île de Guam non atteints cliniquement, des DNF ont été mis en évidence, dans l’hippocampe et le cortex associatif de 29% des Chamorros décédés entre 30 et 40 ans, 40% des Chamorros décédés entre 40 et 50 ans9, 422. Comme chez les patients décédés du complexe de l’île de Guam, les DNF sont associées à une composante de peptide amyloïde b208.
    Les descriptions neuropathologiques du complexe de l’île de Guam mentionnent la présence d’autres inclusions anormales, les corps de Hirano et les corps de Bunina. Les corps de Hirano ont été initialement décrits dans le cytoplasme de neurones pyramidaux du secteur CA1 de l’hippocampe : ce sont des inclusions éosinophiles en bâtonnets239. Ils ne sont pas spécifiques de cette maladie et ont été observés dans des cas de maladie de Pick, de Creutzfeldt-Jakob et d’Alzheimer239. Ils contiennent des filaments d’actine, des neurofilaments et des protéines Tau174. Les corps de Bunina sont des inclusions éosinophiles de 2 à 5 mm de diamètre, dont la nature lysosomale a été évoquée, présents dans le cytoplasme des motoneurones de la corne antérieure et dans la colonne de Clarke de la moelle épinière de patients atteints de sclérose latérale amyotrophique459. Les corps de Bunina sont immunoréactifs vis-à-vis des anticorps anti-cystatin C, dans la SLA et dans le complexe de l’île de Guam, leur ultrastructure est similaire561.
    Etant donné que cette tauopathie atteint préférentiellement une population restreinte à une zone géographique, une composante génétique liée au gène tau a été évoquée, mais aucune mutation du gène codant les protéines Tau n’a été retrouvée418. Ceci est conforté par l’absence de cas de complexe de l’île de Guam parmi les Chamorros habitant une autre île Marianne, Saipan584. Il existe également des cas de patients ayant immigré à l’age adulte à Guam, décédés du complexe SLA/Parkinson/démence. L’ensemble de ces données a focalisé l’attention sur un toxique alimentaire, les graines de Cycas circinalis566, puis sur l’aluminium présent en grandes quantités dans le sol, et retrouvé à des taux élevés dans les lésions neurofibrillaires des patients427. Ces deux hypothèses ne se sont pas confirmées mais, si depuis 50 ans, la cause de cette maladie n’est pas encore déterminée, sa traduction épidémiologique a varié. La proportion de patients souffrant d’une composante SLA a chuté, les cas de complexe Parkinson-démence ont peu diminué, mais près de 50% des patients déments n’ont plus de syndrome parkinsonien ; l’age de début des signes est plus élevé de 10 ans567, ce qui aboutit à une baisse constante de la prévalence. A présent, l’analyse autopsique de l’hippocampe d’habitants de Guam décédés avant l’age de 50 ans ne montre pas les abondantes DNF qui étaient retrouvés chez ceux décédés dans les années 1950424. Néanmoins, des sujets exempts de troubles neurologiques et décédés après 50 ans montrent toujours des lésions neurofibrillaires de l’archéocortex et du mésencéphale (armi des sujets de 50 à 64 ans autopsiés entre 1988 et 1996, 67% comportaient plus de 6DNF/mm_ dans ces aires). Ces lésions précliniques seraient tout à fait originales, jamais rencontrées au cours du vieillissement, et ne s’associeraient à aucun dépôt amyloïde focal424.

 

 

 


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